Henri Loevenbruck a signé, avec « Nous rêvions juste de liberté », un roman qui place la moto au cœur du récit. En ces temps de trêve estivale permettant de s’adonner à la lecture, nous conseillons cette histoire écrite avec l’aiguille du compte-tours dans la zone rouge.

Pour mieux connaître son auteur, un motocycliste voyageur et curieux, nous publions une longue et passionnante interview d’un personnage attachant. Voici la première partie.

Henri, ce roman n’est pas un récit ordinaire : il carbure à ta passion pour la moto. Un amour de longue date ?
J’ai passé mon permis moto il y a quinze ans, mais je nourrissais depuis bien plus longtemps une passion secrète pour le deux-roues, que je n’osais avouer en famille car ma mère avait eu un accident très grave, dans lequel une jeune fille en deux-roues avait perdu la vie, et le sujet était devenu tabou.

Mais la fascination a fini par l’emporter sur l’autocensure, et le premier cadeau que je me suis fait quand mes romans ont commencé à marcher, c’était une bécane ! Comme quoi, depuis le début, il y a chez moi un lien étroit entre moto et écriture !

Au-delà de la moto, il y a la Harley. Qu’est-ce que t’apporte cette marque de plus que les autres ?
J’aime tout un tas de motos différentes, et j’ai eu deux japonaises, mais il y a deux marques pour lesquelles j’ai toujours eu un faible particulier, c’est Ducati et Harley-Davidson.

C’est très dur à expliquer. Le bicylindre est peut-être déjà une première piste. Il y a aussi le bruit, les vibrations, la position, quelque chose de sensuel, et puis une mystique, une histoire... Les piloter, c’est entrer dans leur légende.

Je suis quelqu’un qui aime rouler énormément. Je parcours pas loin de 30.000 km par an à moto. Les Harley de la gamme Touring offrent un bon compromis entre plaisir sauvage et confort de conduite. Je viens de faire 3.800 km sur une Street Glide en neuf jours, sans le moindre mal au dos, sans la moindre panne, et avec beaucoup de plaisir. Ça compte, mine de rien…

Tu as associé la compagnie américaine à la promotion de ce nouveau roman, ce qui est assez original en littérature. Comment est né ce partenariat ?
C’est une histoire d’amitié. Cela fait longtemps que Harley-Davidson France m’apporte son soutien. Il y a là-bas une équipe de vrais passionnés. Le hasard a voulu qu’ils soient sensibles à la littérature. Cela a commencé avec François Tarrou, l’ancien directeur de la communication, il y a six ans, au moment où je travaillais sur mon roman « L’Apothicaire », et où j’ai effectué 4.000 km sur une Harley pour me documenter sur les paysages du pèlerinage de Compostelle.

Aujourd’hui, Xavier Crepet, son successeur, et Stéphane Sahakian, responsable des événements, ont perpétué ce lien particulier qui me lie à la marque, et ils me soutiennent quand ils le peuvent en me prêtant des véhicules. L’esprit de la marque se marie bien à celui de mes romans : liberté, voyage, rêve et une petite dose de subversion…

En dehors des héros, attachants, tu décris l’univers biker avec précision. Comment t’en es-tu imprégné ?
Je vis dedans au quotidien. J’ai d’abord fréquenté le milieu biker pendant une dizaine d’années, comme simple observateur, fasciné, et puis j’en suis devenu acteur en rejoignant fin 2012 un club Harley, le Showtime Riders HDC, avec lequel j’ai participé à l’organisation du Showtime Festival de Gérardmer (88). J’ai quitté ce club aujourd’hui, non sans émotion, pour partir vers d’autres aventures.

Mais c’est parmi cette incroyable bande d’amis que j’ai appris le plus de choses sur la réalité quotidienne du monde biker. Et puis, aussi, j’ai lu quasiment tout ce qui existe sur le sujet, en français comme en anglais. J’ai pas loin d’une centaine d’ouvrages concernant l’histoire de la culture biker dans ma bibliothèque…

As-tu regardé tous les épisodes de « Sons of Anarchy » ?
Si j’apprécie beaucoup la série pour son écriture implacable et sa galerie de portraits flamboyants, je ne pense pas qu’elle donne une idée très réaliste de la vie des MC. Tout est très exagéré, et je pense qu’elle a fait plus de mal que de bien à notre milieu. Mais ça reste une excellente fiction. Toutefois, je ne conseille pas à ses spectateurs de la confondre avec un documentaire ! Pour connaître le milieu biker, il faut le rencontrer dans la vraie vie.

As-tu donné de ta personne en voyageant aux États-Unis ?
Pas dans le cadre de l’écriture de mon roman, malheureusement, mais je suis allé trois fois aux États-Unis comme simple touriste, oui. Et, comme beaucoup de bikers, je nourris le rêve de me faire un jour, là-bas, l’une des grandes virées de légende au guidon d’une Harley… La route du blues ou la Route 66, il faudra bien un jour que j’y pose mes roues !

As-tu roulé avec des clubs ?
Oui, bien sûr, avec beaucoup de clubs ! Avec les Showtime Riders, évidemment, entre 2012 et 2015, mais aussi avec plusieurs MC, et principalement avec les Hells Angels de Paris, auprès desquels j’ai découvert une autre façon de rouler. Le chapitre parisien a près de 35 ans d’expérience en matière de virées à moto. Rouler à leur côté, c’est prendre une leçon de conduite magistrale.

Il se passe quelque chose de magique lors d’un ride avec un MC. C’est comme si tous les moteurs vibraient à l’unisson, que nous ne faisions plus qu’un, il y a une véritable communion, un égrégore même, quand une quinzaine de bikers roule avec le même esprit, les mêmes habitudes, la même passion de la route. C’est un bon complément à la conduite solitaire. Je compare souvent les bikers aux loups. Magnifiques et sauvages, inspirant la crainte comme l’admiration, ils ont aussi l’habitude d’alterner le voyage en solitaire et en meute.

Fin de la première partie, pour lire la suite de l’interview, cliquez ici

Roman : « Nous rêvions juste de liberté », par Henri Loevenbruck, éditions Flammarion ; 430 pages, 15,2 x 24,1 cm ; 21 €.

Critique : Twin power

Hugo et sa bande, 20 ans à peine, n’ont qu’une idée en tête : fuir la ville natale, Providence, où ils s’ennuient ferme et traînent quelques casseroles à la limite de la délinquance. En bécane, si possible...

Auteur de thrillers et romans ésotériques, Loevenbruck a imaginé un roman initiatique, ode à la route et au voyage que l’on lit à cent à l’heure, les motos filant sur l’immense ligne droite des rêves d’Amérique de l’écrivain. Enjoué et dramatique, naïf, rédigé dans un style familier parfois agaçant mais toujours sincère, ce récit qui lorgne vers le thriller est également une plongée documentée dans l’univers des clubs Harley, 1 % compris. Une histoire attachante, à avaler comme le bitume.

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